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STORYTIME : LE HARCÈLEMENT 

Voilà presque six mois que ce blog existe, déjà. Vous connaissez la fille passionnée d’écriture, de romans touchants, de photographie et de chats. Mais aujourd’hui j’ai envie de vous parler de mon vécu, de ce qui a forgé celle que je suis aujourd’hui. 

Comme certains d’entre vous le savent, je suis une enfant précoce, ce qui implique, entre autres,  un QI plus élevé que la moyenne, une hypersensibilité et une maturité différente. 

On s’en est rendu compte lorsque j’étais en CP, après des tests chez une psychologue, et j’ai fini par sauter une classe un an plus tard. En primaire, me faire traiter « d’intello » tout au long de la journée m’importait peu. J’avais des amis et je me sentais bien ainsi.

En CM2 j’ai déménagé dans un petit village et j’ai donc fait ma dernière année de primaire dans une école de pas plus de 80 élèves, je n’avais donc pas grand chose à craindre. C’est mon entrée au collège qui a tout changé . Le fait d’arriver dans une classe remplie d’inconnus. En 6ème et en 5ème j’avais très peu d’amis et cela me convenait. Les moqueries quand à mes bonnes notes continuaient, et ce ne sont pas mes dents et mes cheveux roux qui m’aidaient à m’intégrer on va dire.

En 4ème je n’en pouvait plus, surtout que ma meilleure amie l’acné avait décidé de s’installer sur mon visage. J’ai commencé à moins travailler, j’en avait marre de me sentir différente, je voulais être comme tout le monde, ne plus être « intello » mais être « normale ». Cette année là, une rumeur, que je choisis de ne pas raconter ici, a circulé à mon sujet et quelques mecs de ma classe s’en s’ont servit contre moi jusqu’à la fin de l’année.

En 3ème, une nouvelle est arrivée dans ma classe. Elle était jolie, intelligente, elle chantait bien et elle intéressait tous les mecs. Et bien avec cette fille, nous sommes devenues amies. Et je me sentais bien de côtoyer quelqu’un de « populaire », je me sentais spéciale. C’était la première fois. Je pensais que ses amis étaient les miens, et qu’il ne m’adressaient pas la parole juste parce que je le cotoyais. Je mettais trompée sur deux points : son amitié, et les autres. Les deux étaient faux. J’ai donc quitté le collège avec un brevet sous les bras et une solitude me collant à la peau.
A ce moment là, mon seul espoir c’était le lycée. Je voyais ça comme un nouveau départ, une façon d’effacer tous mes mauvais souvenirs du collège, toutes les moqueries. 

Et bien il s’est avéré que mon année de seconde a été la pire de ma vie. Je n’avais pas d’amis à proprement parler, juste quelques filles de ma classe avec qui je trainais et qui me laissaient seule pour le déjeuner. Dans ma classe, j’étais une sorte de « bouc émissaire », ça a commencé par des moqueries, des bousculades, puis par le vol de mon téléphone etc. Cette année là, j’étais en internat, le lycée étant loin de chez moi, et pour être honnête, c’était le seul endroit où je me sentais en sécurité.

Je ne disais rien, j’endurais chaque journée et j’attendais juste de rentrer à l’internat. Puis un jour, j’ai mis un pied dehors, pour aller en cours comme tous les matins. Mais à la place, j’ai composé le numéro de ma mère et je lui ai tout simplement dit : « je n’y arrive plus ». 

Si je dois être complètement honnête avec nous, je dois vous dire que je suis actuellement limite entrain de pleurer en écrivant cette partie de l’article. Disons que la chanson « A Drop In The Ocean » ne m’aide pas trop non plus.

Ce jour là, je suis allée voir un psychologue, et devant lui et ma mère j’ai alors tout déballé. Tous deux étaient choqués que j’ai pu garder ça aussi longtemps en moi. Et vous savez c’était quoi le pire dans tout ça? 

C’est que pendant les mois où tout cela avait duré,  le mot « harcèlement » n’avait jamais traversé mon esprit. Je trouvais ça normal. Je me disais juste que j’étais sûrement trop gentille et que ce serait tout le temps comme ça, comme si je ne sentais pas que ça me détruisait au fur et à mesure. J’avais survécu au collège donc je pouvais survivre à ça.

Sauf que, vous savez quoi, ce n’est pas normal. Ce n’est pas normal de détruire une personne comme ça, sous prétexte qu’elle est différente de vous, et ce n’est pas parce qu’elle ne le montre pas qu’elle ne souffre pas.

Cette année m’a beaucoup affectée, et je ressens toujours ses effets aujourd’hui. J’ai donc failli changer de lycée en seconde, mais j’ai préféré rester, ne me demandez pas pourquoi.

En première, je suis arrivée dans une classe où je connaissais pas grand monde,  où personne ne savait ce qu’il s’était passé l’année précédente. Les gens étaient gentils . 

Mais vous savez, le harcèlement, c’est tout simplement traumatisant. Pendant mes deux dernières années lycée, j’avais toujours l’impression que l’on se moquait de moi, partout où j’allais, comme de la paranoïa. Je me rendais malade  à l’idée de passer à l’oral, de dire quelque chose de travers, de trébucher. J’étais toujours mal à l’aise. C’est en terminale qu’ont commencées les crises d’angoisse. Je ne mangeais plus le matin, très peu le midi, et quelques fois je me réfugiais dans l’infirmerie car je n’avais pas la force, mentalement, d’aller en cours. Pour le bac de francais, j’ai dû passer une heure de l’épreuve à pleurer dans les toilettes car je ne m’en sentais pas capable. Et en terminale, pendant le passage du baccalauréat, j’ai perdu environ quatre kilos.
Maintenant, je suis à la fac. Et honnêtement, ça va mieux. Pour la première fois de ma scolarité, j’aime ma classe. J’ai même des amis, pas beaucoup mais c’est toujours ça aha. Et ça me convient. Mais il m’arrive toujours de faire des crises d’angoisse, parfois je stresse à l’idée de devoir traverser le campus seule, ma confiance en moi est toujours très basse, mais je vais mieux.

Ce que vous faites, ce que vous dites, ça a impact vous savez. Cela peut détruire des gens. De nombreuses personnes ne mesurent pas les conséquences. Alors j’espère que mon témoignage vous aura ouvert les yeux. Sachez que ça a été très difficile pour moi de l’écrire, de m’ouvrir comme ça. 

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4 réflexions sur “STORYTIME : LE HARCÈLEMENT 

  1. Merci, simplement merci, de te libérer, et surtout d’en reparler. Je sais que c’est dur, que c’est même fatiguant de se rappeler de certaines choses, j’ai vécu cela différemment de toi, vraiment différemment mais tu sais toujours nous dire avec tes mots à toi ce qu’il faut. Je n’ai pas commentée chacun de tes posts, mais celui ci j’y tenais, car tu es magnifique et forte. A ton jolie sourire et tes mots si beau, Merci.

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    • Merci beaucoup pour ce commentaire qui me va droit au coeur… Je ne te connais pas personnellement mais je suis sure que tu es une personne exceptionnelle. Et même si tu l’as vécu différemment, le fait est que tu ne devrais même pas le vivre. Merci pour tout ♡

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